du 14/10/2010 au 27/11/2010

CatalogueAccrochage de l’expositionOeuvres exposées du 14/10/2010 au 27/11/2010

Du simple fait de vivre

À l’image de Shakespeare dans Macbeth,Velickovic s’offre le luxe d’ouvrir sa tragédie sur un paysage de désolation, auquel il ajoute quelques rares corbeaux parmi les trous d’obus. La bataille vient tout juste d’être gagnée et perdue. Il fait sombre et dans le lointain, couleur cendres, des éclairs couvrent les râles de ceux qui par bonheur ont survécu.

Au premier rang, les spectateurs que nous sommes profitent de ce moment d’accalmie, pour se réchauffer le cœur, avant que ne surgisse à nouveau, dès les premières lueurs du jour, cet étrange animal que l’on a pris soin de nommer l’homme.

L’homme : cette boule de billard électrique, expulsée dans un cri, et qui n’a d’autre solution que de fuir en avant. Ballotté tout au long d’une trajectoire effrénée et peu glorieuse où l’unique liberté dont il dispose est de hurler la peur qui le traverse à chaque frottement du simple fait d’être vivant. À condition, bien évidemment, que ses plus fidèles compagnons, rats, chiens, et autres rapaces, entraînés comme lui dans la même course, n’en décident autrement. L’homme : ce monde de muscles, de mâchoires, de lames bien aiguisées ou de crocs, où chacun déchire sans compter.

Voilà l’instant aux tonalités sombres qu’affectionne Velickovic. Celui de la violence du vivant, inlassable, éternelle, écœurante même de se répéter sans cesse, jusqu’à plus soif, sans autre raison, semble-t-il, que de voir se prolonger la vie.

Mais plutôt que de nommer des responsables en leur trouvant un visage, comme on en découvre chaque jour dans la presse, son grand talent est de mener cette violence à son paroxysme. De l’exacerber à un tel point que le spectateur est tellement mordu, fouillé, malmené, halluciné, qu’il lui est alors impossible de prétendre se contenter d’admirer un simple spectacle, certes terrible, mais dont il serait absent.

Par la charge symbolique de sa peinture, mais aussi par la puissance tourbillonnante de ses dessins, qui viennent comme un feu d’artifice dégurgiter les derniers soubresauts d’un cerveau soumis à la torture, Velickovic réussit le miracle de nous mettre dans la peau de celui qui comprend que l’homme est un animal. Et que le seul moyen pour lui de parvenir à se démentir – loup parmi les autres hommes – est de commencer d’abord par se soigner.

Valère Bertrand, septembre 2010


The simple fact of living

Following Shakespeare’s Macbeth, Velickovic allows himself the luxury of opening up his tragedy upon a desolate landscape, to which he adds a few crows amid the mortar shells.  The battle has just been fought and lost or won.  It is dark and in the distance, ash-colored lightning bolts cover up the wails of those who luckily survived.

In the first row, we, the spectators make the most of this quiet moment, to warm our hearts, before there springs forth, at dawn’s first light, that strange creature we are careful to call man.

Man : that electrical billiard ball, expelled with a cry, and who has no option but to go forward.  Tossed about all through a frenzied and inglorious trajectory, wherein the only freedom he has is to cry out at the fear that pierces him from the simple fact of being alive.  On condition, naturally, that his most faithful companions, rats, dogs, and other birds of prey, caught up likewise in the same race, do not decide otherwise.  Man : that world of muscles, of jaws, of well honed blades or fangs, where each one slays without counting.

That is the instant with its dark hues that Velickovic loves best.  That of the violence of the living, unending, eternal, even sickening from ceaselessly repeating itself, until saturation, with on other reason, it appears, than to see life prolonging itself.

But rather than naming the culprits by providing them with a face, as we see every day in our newspapers, his great talent is to bring this violence to its paroxysm.  To exacerbate it to such a point that the viewer is so bitten, searched, manhandled, hallucinated, that he can no longer pretend to admire a simple spectacle, terrible of course, but from which he is absent.

Thanks to the symbolic force of his painting, as well as by the swirling turbulence of his drawings, which spring forth like a  firework display throwing up the final spurts of a brain subjected to torture, Velickovic manages the miracle of placing us inside  the skin of someone who understands that man is an animal.  And that the only way for him to manage to disengage himself – a wolf among men – is to first of all cure himself.

Valère Bertrand
Translated in English by Ann Cremin, 2010