du 7/09/2013 au 5/10/2013

CatalogueAccrochage de l’expositionŒuvres de l’exposition du 7/09/203 au 5/10/2013

Frantz Metzger, la maturation d’un peintre.

Mais que diable est-il allé faire dans cette forêt ?

Comme bon nombre de ses collègues, dès l’enfance, il commence par s’intéresser au dessin. Sans talent particulier, mais pour la liberté qu’il offre. Puis il passe à la gouache. Dans une famille, guère passionnée par ce genre d’activités. En effet, pas de grand-père, chef d’orchestre ou poète, ni d’oncle farfelu qui pratiquerait la peinture à ses heures perdues. Pas de peintre local non plus, qui pourrait lui ouvrir l’horizon ou de journal de classe qui lui permette de se faire remarquer. Non, rien de tout cela. Si ce n’est les encouragements d’une mère attentive qui prend soin de le soutenir. De plus, Mâcon (où il est né en 1980) est une petite ville dont le musée manque cruellement de tableaux. Pourtant, au beau milieu de ce désert, il garde le souvenir dans le logis familial de la reproduction d’un Autoportrait au chevalet de Vincent Van Gogh et, sur un carton, de l’extraordinaire Jugement dernier du peintre flamand Rogier van der Weyden. Un immense polyptyque composé de quinze panneaux qui, à l’origine, était exposé dans la grande salle des Hospices de Beaune, au-dessus de l’autel, de telle manière qu’il puisse être admiré par les “ pôvres malades ”, de leur lit, pendant les offices. Aujourd’hui, les malades ont été remplacés par des visiteurs qui viennent s’y presser en foule.
Alors, comme son père est natif de Beaune, et qu’il vient d’avoir seize ans, il décide de vérifier sur place. L’occasion pour lui d’un premier véritable choc face à l’un des grands chefs-d’œuvre de la peinture mondiale. Une vraie claque. La mise en scène impressionnante, les couleurs, l’idée de Justice, les damnés, les élus, les saynètes, toute cette dimension assumée du grandiose, sont pour lui comme une piqûre de rappel. Un moyen comme un autre, pour la première fois et devant une œuvre originale, de s’assurer qu’il n’est pas seul et que ce qui l’avait attiré dans ces deux reproductions, qui traînaient à la maison et qui l’avaient engagé à s’intéresser à la peinture, est confirmé par ce tableau. Mais surtout qu’au-delà du chef-d’œuvre exceptionnel et de la manière parfaitement maîtrisée de représenter le monde, les corps, les lumières, Rogier van der Weiden est bien, comme lui, un être de chair et d’os, qui ne cesse de se demander ce qu’il est vraiment ? Ce qu’il fait sur cette terre ? Ce que peut être la lumière, un corps, etc. Autant de questions qui bien évidemment n’auront pas de réponse, mais qui, par le biais de cette première rencontre – car il s’agit bien d’une rencontre – auront le don de le conforter dans son envie de plonger davantage dans cette ouverture qu’est pour lui la peinture.
Quelques malheureuses copies de Chérubins, dans les mois qui suivent, et sur de petits formats, l’empêchent par bonheur de rêver trop loin. Puis vient le temps – comme le veut la règle – d’une inscription dans une école des beaux-arts où il est reçu sur dossier à Saint-Étienne. Très étonnamment, c’est pratiquement “ vierge ” qu’il entre dans cet établissement, sans autre bagage que cette seule expérience augmentée de quelques noms de peintres connus, Picasso, Van Gogh, mais rien de très exceptionnel. Le temps n’est pas encore venu, il est là pour apprendre. Néanmoins, dès la première année, l’école, spécialisée dans la communication et le design, lui fait comprendre qu’il n’est pas vraiment désiré. Peu importe. Il se sent libéré et fait le choix de prendre un atelier en compagnie d’un ami à Lyon où il commence à peindre de manière plus intensive. Par périodes certes, et un peu comme un chien fou, mais à un moment il fait la rencontre d’une peintre qui travaille en professionnelle. Elle se lève tôt le matin, et peint jusqu’au soir, très régulièrement. Avec de plus une exigence, qu’il n’imaginait pas et qui parvient à le convaincre. Nous sommes en 2005. Comme il a deux ans devant lui, il décide de se lancer à son tour dans l’aventure. Sans autre occupation que de se nourrir de tout ce qui peut l’encourager : expositions, lectures, propos de peintres, travail sur soi, etc. Petit à petit, la peinture se fait recherche. Elle occupe la plus grande part de son quotidien. Comme il le dit si bien : “ C’est une décision lente qui s’impose à vous, qui se construit en vous. Un peu comme on construit sa propre vie. ” “ Mais le plus étrange ”, poursuit-il, “ c’est qu’elle débouche sur l’inconfort le plus total. C’est presque vertigineux. Car vous passez le plus clair de votre temps à courir après une définition dont vous comprenez qu’elle est impossible à atteindre. Même si par moments, vous êtes persuadé de la tenir. Certains signes encourageants, dans certains tableaux, vous laissent penser que ce que vous cherchez est bien présent, que vos efforts ont un sens.  Et puis, sans crier gare, elle vous file entre les doigts et vous n’avez plus qu’à recommencer. Encore plus nu qu’auparavant. ”
Tous ses tableaux, travaillés en série, proviennent le plus souvent d’une idée, d’un mot, qui résonnent en lui. Comme le mot Terre, par exemple, qui appelle à l’enfouissement, à la descente, à la matière qui tourbillonne. Parfois, c’est une phrase tirée d’un poète ou croisée dans un livre qui lui offre l’intuition d’un espace dont il s’attache à donner un équivalent dans l’image. Son ambition n’est pas de copier ou de reproduire mais de trouver une résonance qui lui donne envie de poursuivre. Ces derniers mois, il tourne autour de rencontres entre le corps et la terre, comme éléments, comme incarnation, mais aussi comme chair.
Une piste : dans un des tableaux antérieurs qui traîne à l’atelier, au dos, on peut lire cette phrase d’Antonin Artaud citée par Deleuze, dans son Bacon : “ Pas de bouche Pas de langue Pas de dents Pas de larynx Pas d’œsophage Pas d’estomac Pas de ventre Pas d’anus Je reconstruirai l’homme que je suis. ”

Valère Bertrand – août 2013