du 18/05/2017 au 01/07/2017

CatalogueVidéo de l’accrochageœuvres exposées du 18/05/2017 au 01/07/2017

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Carnets d’atelier, tableaux de carnets

Mon atelier est orienté à l’est. Le matin, le soleil inonde la pièce d’une lumière chaude et généreuse. Sur le sol et les murs où sont rangés les travaux en cours sont projetées les ombres des montants de la verrière. Elles redessinent l’espace et l’animent d’un air de méditerranée.
Sur le chevalet, la surface réfléchissante d’une toile vierge est une invitation apéritive à l’expression. Je trouverai un sujet en tournant les pages de mes carnets. Carnets de voyage dans lesquels j’ai rassemblé depuis des années mes impressions des îles de la mer Égée, carnets d’atelier où, je saisis dans l’instant, comme j’attraperais un papillon, une forme anodine ou un accord de couleurs qui deviendra la respiration du tableau futur.

Je sais que cette ligne sinueuse d’un croquis de paysage de quelques centimètres pourra devenir un bon point de départ pour une composition équilibrée. Je sais également que ces quelques taches de couleurs complémentaires qui semblent s’accorder au milieu d’une page, donneront une fois agrandies à l’échelle de la toile, une règle harmonique facile à respecter.
Sur ma table, les pinceaux sont propres, l’eau du bocal qui servira à les rincer est encore limpide. Un poisson rouge pourrait venir y nager. Le chiffon est immaculé, il rayonne de pureté au milieu des tubes de couleurs.

Je me lance comme un enfant, sans peur ni du regard des autres ni de mon propre regard, c’est une façon d’oublier qu’on est en train de peindre pour mieux se souvenir du plaisir de peindre.
En quelques heures, les choses se sont posées presque à mon insu. Dehors, le soleil a tourné, il éclaire maintenant le mur du bâtiment qui fait face à la verrière de l’atelier. Je prie souvent pour que ce mur réfléchissant reste encore longtemps blanc et dégagé. Son encombrement viendrait perturber la qualité de la lumière qu’il me renvoie. Levant la tête vers le ciel bleu, mon travail de la matinée étant accompli, je m’autorise une petite escapade.
Alors, j’ouvre grand la porte de l’atelier, je chausse mes “semelles de vents” place un carnet, un crayon et une boîte d’aquarelle dans la poche de ma veste. Je pars ensuite d’un pas décidé pour découvrir le monde. Je prends au hasard ce chemin ombragé qui mène à la rivière, celui-ci plus lointain qui mène à la mer et cet autre bien plus mystérieux qui relie le présent de la marche à l’éternité de l’esprit.

Quand on part ainsi à l’aventure, chaque détail du paysage offert au regard est une révélation. Un brin d’herbe entre deux pavés peut devenir forêt tropicale, cette façade de maison et ses deux fenêtres symétriques possède la présence d’un visage, cet arbre aux branches agitées par le vent de la vie joue la musique d’Éole, cette ombre dans le chemin creux cache les créatures d’épopées encore à écrire.

Un appétit galopant de représenter le monde monte de l’estomac. Il n’y a qu’une seule règle dans ce festin, celle d’accorder le plaisir et la liberté de peindre dans l’instant. Après l’escapade et le retour à l’atelier, la lumière est devenue transparente et l’œuvre à venir s’offre comme une déesse aux yeux pers dont je m’empresse de préciser les contours.

Jean-Pierre Plundr

Auvers-sur-Oise, le 11 avril 2017