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A partir du 20 mars et jusqu’au 17 mai

Pat Andrea

« Excursions imaginaireS »

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voir l’exposition …

« Cris et merveilles au pays d’Andrea »

Pat Andrea traverse la toile, comme d’autres rêvent de l’autre côté du miroir.

Sa langue à lui : la peinture, le dessin.

D’un imaginaire débridé, cet artiste curieux a inventé un étrange dialecte au style composite. Un dialecte sans âge, qui voyage du Nord au Sud, du Classique au Moderne : entre figure et abstraction, entre gestuelle et géométrisation, entre virtuosité et déconstruction. Le peintre convoque un « réalisme irréel », au phrasé tantôt maîtrisé par une graphie précise, tantôt teinté d’accents plus colorés et de mouvements lâchés.

Pat Andrea est un peintre joyeusement perverti à la créativité dérangeante.
Drôle de lapin. Avec lui nous entrons dans un pays farfelu, sens dessus dessous… Parait que ce pays n’existe pas…. Enfin c’est ce que dit la Raison….
Avec lui nous soulevons la mousse d’Eros et nous chutons dans les profondeurs des forêts encéphales. Là où naissent les rêves nus, les peurs tues, les désirs crus. Bienvenue au pays des têtes-à-refoulement-collectif.

La porte s’est ouverte sur un intérieur.
A en voir d’abord le décor, en apparence ici tout aurait pu rester calme. Les lignes droites de l’architecture ordonnent, la découpe géométrique des pans de murs colorés structure, les grandes fenêtres sans rideaux dégagent une pleine luminosité (un peu comme dans un intérieur bourgeois – d’un âge d’or hollandais ? – où rien ne serait à cacher…). Décor idéal pour Contes-de-Luxe-Calme-et-Volupté, destinés aux boîtes crâniennes bien-pensantes : version classique, versant apollinien.
Ca aurait pu en rester là, donc. Mais voilà soudain, la chute.
Ca explose. Ca bascule vers un beau bordel dionysiaque. Un enfer à la Bosch.
Des personnages ont déboulé sur scène : chien, chat, hommes, femmes. Jusqu’en coulisse, ca sature d’actions, d’expressions.
Mais d’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Que font-ils ? That is a vast question.

Vraiment bizarres ces comédiens. D’ici et maintenant, pourtant venus d’un autre temps. Mythiques modernes ils sont. Autant dire ambivalents et doués au jeu des métamorphoses : des chiens humanisés et des poissons volants, des objets anthropomorphes, des Femmes géantes à têtes-sur-pattes et le cul-à-l’envers, des hommes Lilliputiens. Et s’ils paraissent occupés à des tâches quotidiennes, celles-ci demeurent ambigües : elles semblent toujours se renverser et devenir l’expression d’un acte plus pervers.
Ici, se caresse-t-on ? Se déshabille-t-on ? Se coiffe-t-on ? S’étreint-on ? Chahute-t-on ? S’éduque-t-on ? Se remet-on en forme ? Ou bien est-ce que l’on se bat à mort ? Se mord-on ? S’étrangle-t-on ? Se viole-t-on ? Là, est-ce que l’on chute, ou est ce que l’on s’élève en apesanteur ? Est-ce que l’on danse ou est-ce que l’on feint un rituel d’approche et de séduction ? Ici encore, exprime-t-on un sourire tendre ou une grimace sadique satisfaite de sa perversité ? Est-ce que l’on crie en riant ? Et là, est-ce une enfant joueuse ou bien une lolita séductrice à l’ambigüité érotique toute Balthusienne ? Une Maitresse châtiée ? Une élève qui châtie ? Un toutou apeuré ? Un Cerbère menaçant ? Un homme dominé ? Une chienne dominante ? Une belle reluquée reluquant ?

Ces personnages, qui entre eux ne communiquent pas vraiment, souvent nous regardent fixement. Ils semblent mimer et jouer pour nous la comédie humaine, toujours à recommencer. A travers eux, se répètent les archétypes fondateurs des comportements humains. Comme dans un rêve, où soudain l’inconscient refoulé remonterait en surface, de manière latente. Châtiments et châtiés, mal et bien se mêlent sans logique moralisante ni manichéisme judéo-chrétien.

La peinture de Pat Andrea lève le voile sur nos pensées les plus intimes, les plus noires. Elle nous rappelle que toute l’histoire de l’humanité est faite d’intrications viscérales et mentales, physiques et psychiques, entre Eros et Thanatos, laideur et beauté, sublime et monstruosité. Peinture au fond nietzschéen, qui nous plonge dans le Pays des bestioles à langue humaine : ces « monstres lumineux » aussi cruels et tendres que les jeux érotiques, aussi brutaux et bancals que le destin du monde.

Elle nous permet ainsi de mesurer que le progrès et la civilisation ne tiennent que sur un équilibre fragile, prêt à vaciller vers la violence et l’absurdité. Depuis la nuit des temps, en chacun, le monde est un volcan endormi, toujours prêt à entrer en éruption. Un volcan qui dort et puis s’éveille, explose et puis s’apaise…

Amélie Adamo, Février 2014, Paris

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